Une fois l'épisode du téléthon terminé, nous pensions tous qu'enfin nous allions sérieusement travailler sur notre projet de comédie musicale.

C'était sans compter sur une nouvelle idée lumineuse de C.. Notre représentation - quasi apocalyptique - n'avait même pas encore eu lieu qu'elle nous proposait déjà un autre projet, à mille lieues cette fois de ce pour quoi on avait signé.

Replaçons l'histoire dans son contexte: à l'époque, le film Star 80 venait de sortir et Manu (ainsi que Romaric), Aurélie et moi avions assisté au concert RFM Party 80. J'ai découvert ce soir-là en Aurélie une remarquable alliée dans "l'amusement par le kitsh", et on s'est tous éclatés (Rom peut-être un peu moins...)!

Et voilà que C. nous annonce que le restaurant Buffalo Grill local projette de faire une soirée années 80 le 12 janvier prochain et qu'ils ont proposé à C. de venir l'animer avec les membres de son association. C'est encore une fois un peu bizarre, un peu comme quand une association de salsa propose à une association de comédie musicale de venir à participer à son spectacle. Mais bon. Et donc C. dirige aussi un groupe en mesure d'animer ce genre de soirée? Ah non. C'est à nous qu'elle propose ça!

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Moi je ne suis qu'à moitié partante, en janvier, le temps est trop incertain pour que je m'engage pour une soirée à 40 bornes de chez moi. De plus ce sera la semaine de la rentrée scolaire qui s'annonce chargée au vu des réunions qui sont déjà planifiées. Et puis ça va pas empiéter sur nos "vraies" répétitions, ça?

Les autres sont plutôt partants et, à bien y réfléchir, une soirée de fête à faire la couillonne sur des tubes des années 80 c'est plutôt le genre de truc qui me branche habituellement et là, on y gagne même un repas! Allez, ça marche, de toute façon ça va être vite réglé, les chansons on les connaît, on mettra en place 2 ou 3 petites chorés et ça ira.

Mais je mets quand même C. au clair: s'il neige ou qu'il gèle, je ne viens pas et ok, je veux bien participer à un nouveau truc, mais un truc sérieux, pas comme le coup du téléthon. On aura des micros, hein, cette fois, C.?

Oui qu'elle me dit. Et qu'après on bossera pour de bon sur notre projet initial.

C'est dans moins d'un mois, il ne faut pas perdre de temps, alors dès le cours qui suit nous commençons à réfléchir à une liste de chansons. Aurélie et moi sommes de vrais jukebox! En Rouge et Noir, Je te survivrai, le medley d'Emile et Image, Tes Etats d'âme...Eric (chanson que je suis seule à connaître, même au concert je m'étais bien rendue compte que j'étais la seule à chanter), On va s'aimer, Besoin de rien Envie de toi, Banana Split...

Rafika s'implique peu car elle n'est pas sûre de pouvoir participer à la soirée et puis les années 80, c'est pas vraiment sa génération (elle est un poil plus âgée que nous tous). Mais C. en tient à peine compte et agit comme si elle sera bel et bien là le fameux soir.

Quand C. apporte sa contribution, ça se gâte. Elle veut faire danser les gens sur YMCA. Oui mais YMCA, c'est disco, pas 80's. Ensuite, Dalida et Claude François, ben là pareil, C., c'est encore du disco... Bon, La Compagnie Créole alors? Mouis, ok, là c'est bon même si pour moi c'est plus à ranger dans la catégorie "fête à neuneux" que dans "années 80".

Elle en propose quand même deux de bons: Pour le plaisir, qu'elle veut faire chanter à toutes les filles et Danse, des Forbans.

Au cours suivant, on se risque à un début de choré sur les Forbans. Mais sans la musique c'est pas trop pratique. C. tente bien d'utiliser youtube sur son téléphone mais la 3G fait défaut. Pas grave, moi je l'ai la chanson sur ma clé USB, ainsi que toutes celles qu'on a citées la semaine dernière! Pourquoi m'être procurée, moi, toutes ces chansons? Je sais pas, un pressentiment...

Nous voilà donc en file indienne, un petit pas à droite, un petit pas à gauche, un tour sur nous-même. Pas la peine d'en faire plus, de toute façon dans un Buffalo y'a pas la place. Là on chantera pas. On va juste déambuler comme ça, les uns derrière les autres dans le restaurant.

On s'essaye ensuite au chant: Pour le plaisir. Pas des oreilles en tout cas. Ben non, on sait pas chanter, et certains encore moins que d'autres. Mais d'ailleurs, elle vient pas la prof de chant? Ben non, elle est toujours malade. Ah, et t'as pas essayé d'en trouver une autre? Ben si, d'ailleurs elle devait venir mais elle est pas venue...

Troisième séance, officiellement c'est la dernière avant le jour J puisqu'après c'est les vacances de Noël. Finalement Rafika ne sera pas de la partie, elle travaillera ce soir-là. Mais N******, l'ado de 14 ans qui avait dansé sur Fame lors de notre extrait au téléthon, a rejoint notre troupe. Et c'est sans lui demander son avis que C. lui donne les chansons de Rafika. Ben quoi? T'as deux semaines pour apprendre par coeur Banana Split. C'est juste une chanson que tu connais pas, qui n'est pas de ta génération et avec un débit hyper rapide, pourquoi t'es pas contente? Comment ça tu veux chanter du Goldman à la place? Non, ça va pas aller. C'est trop lent, c'est hors-sujet. Artistiquement parlant ça colle pas avec le reste.

Ah d'ailleurs faut qu'on apprenne tous Ça plane pour moi. Mais si, ça va aller. Et C. chantera Nuit de Folie. Nan mais C., t'es au courant qu'à un moment dans la chanson y'a un break où le gars chante hyper vite? Tu vas savoir faire ça? Parce que même lui, en live il galère un peu.

Mais au fait... Pour chanter, il faut pas des bandes-son? Sans les chanteurs je veux dire. Parce que si toutes les filles chantent Pour le plaisir et qu'on entend Herbert Lénonard, ça va pas être crédible. Et on va bien avoir des micros? Ah ben justement! C. est en galère de micros pour l'instant. Et de bandes-son aussi. Elle en trouve pas. Enfin des gratuites. Parce qu'effectivement si j'ai l'impression qu'on trouve des mp3 de karaoke à foison sur le net, c'est rarement gratuits. Et C. ne veut pas investir pour un événement basé sur le bénévolat. Elle n'a donc pas l'intention de régler son dû à la SACEM alors, je suppose...

Arrivent les vacances de Noël. La gérante du Buffalo propose à C. de nous familiariser avec les lieux un mercredi après-midi. On en profite pour faire une répétition exceptionnelle ce jour-là. Bilan de la répétition: on n'est pas du tout prêts. Et on n'a ni bandes-son ni micros. C. grave vite fait un CD avec les titres originaux, on fera avec pour l'instant. Au restaurant, on se rend compte que ça va être bien plus compliqué que prévu. C'est étroit un Buffalo. Donc on chantera parfois à la queue leu leu, parfois tous éparpillés aux 4 coins du restaurants et pour le Madison que l'on avait prévu sur le medley d'Emile et Image (oui, a priori on peut faire un Madison là-dessus) il faudra s'arranger pour le faire...en restant sur place. On va droit dans le mur. Mais C. a l'air de trouver ça cool. Et elle ne s'inquiète pas plus que ça de voir que la gérante n'est même pas là.

Mais nous on s'inquiète! Alors je propose une ultime répétition chez moi, sous forme de karaoke avec DVD et micros et apprentissages des chansons pour ceux qui ne les connaissent pas encore. J'envisage de proposer à C. de venir, mais tous s'y opposent, en particulier N******. Là, plus personne n'est très fan d'elle et on veut au moins pouvoir s'amuser! Et on s'amuse mais on n'est toujours pas prêts. Oh et puis tant pis, advienne que pourra! Ça sera peut-être drôle. D'ailleurs, malgré le fiasco du téléthon, on s'était amusés! Et puis on est motivés! De mon côté, je me suis concocté une tenue fluo avec un tutu que j'ai fabriqué moi-même et j'ai de quoi habiller les copines.

Dernier week end des vacances, C. nous envoie un message pour savoir si on peut se libérer pour une dernière répétition. Mais on a des vies alors non. Vexée, elle nous répond que puisse que c'est comme ça, elle va annuler la soirée. Oh la oh la oh la! C'est quoi cette histoire? Pourquoi annuler alors qu'on s'est tous engagés et qu'on a déjà tellement bossé pour ça? Je lui explique que ce n'est pas parce qu'on n'est pas à sa disposition là tout de suite qu'on n'assurera pas la soirée. Elle n'annule plus. Non parce que merde quoi! J'avais quand même appris par coeur Je te survivrai et croyez-moi, la chanson n'a ni queue ni tête alors ce fut un challenge! C'était un peu comme apprendre phonétiquement une chanson dans une langue étrangère."Dans des miroir chinois, dans le bleu des photos, dans le regard d'un chat, dans les ailes d'un oiseau, dans la force d'un arbre, dans la couleur de l'eau, je te survivrai." (C'est pas des blagues, c'est les vraies paroles.)

J-5, C. nous envoie un message avec...une nouvelle liste de chansons! Elle y a apporté des modifications. Logiques pour certaines (elle s'est rendue compte qu'elle ne saurait pas chanter Nuit de folie et l'a supprimée) et moins pour d'autres (Tout Doucement, de Bibi, sérieux!?) mais surtout elle a ajouté plein de morceaux que l'on n'a même jamais écoutés! A 5 jours de la représentation et sans répétition de prévue d'ici là!!!

Là tout le monde s'enflamme, OK pour le programme initial, pas pour les changements. Et là C. menace encore une fois d'annuler! Parce qu'on n'est pas coopératifs! Alors j'y mets mon grain de sel:

"En tout cas, n'essaye pas de rejeter la faute sur nous.
On a répondu présent. On s'est déplacé pendant les vacances. Moi y compris, alors que j'habite loin et que l'essence n'est pas gratuite. J'ai ramené moi-même tous les mp3 pour faire avancer les répétitions.
On a chacun appris nos chansons et j'ai même créé un costume! (et Aurélie, j'ai pas eu le temps de t'en parler mais j'avais tout pour toi en rouge et noir.)

On a pas dit qu'on voulait pas le faire. On a dit qu'on voulait juste rester sur le projet initial. En quoi c'est logique que tu annules complètement juste parce qu'on n'adhère pas à des changements que tu as décidés seule?

N****** et moi on t'avait pourtant prévenue. Elle reprenait les cours et moi j'avais une semaine chargée. Depuis le 1er jour où tu as parlé de ce projet je t'ai prévenue, que ce serait peut-être sans moi. Tu n'en as pourtant pas tenu compte et de mon côté je me suis investie, et pas qu'un peu. D'ailleurs là encore, je devrais être couchée et je suis là à t'expliquer les choses.

Après c'est clair, sans bande son, sans micro et sans répèt, notre prestation ne va ressembler à rien. Mieux vaut peut-être annuler en effet.
Mais là c'est ton projet qui n'est pas sérieux. Pas notre "mauvaise volonté" comme tu essaies de nous le faire croire. D'ailleurs tu serais étonnée. Donne-nous des bandes-son, et des micros tu verrais comme on tient la route en fait. Parce qu'on a bossé.

Après vis à vis du Buffalo, c'est pas pro, mais ça, passe encore. Par contre vis à vis de nous ce n'est pas correct.
Et moi je suis déçue."

22h, je suis sur le point d'aller me coucher et C. m'appelle, furieuse! Elle n'aime pas qu'on dise les choses par message, que si on a quelque chose à dire il faut appeler. Mais, C., dis-moi, qu'ai-je écrit que je n'aurais pas du??? J'ai juste remis les choses au clair et j'ai raison sur tous les points. Et appeler, non, car là j'avais prévu d'aller me coucher, d'ailleurs tu me déranges.

Elle me fait son coup de calgon puis, faute d'arguments, finit par se calmer. J'arrive à lui faire comprendre qu'elle n'aurait pas du changer le programme, et que les choses auraient été différentes si on avait eu plus de temps, mais ce n'est pas le cas. Mais elle trouve que d'un point de vue "artistique", sa nouvelle playlist est mieux. Bref, au fil de la conversation, je me rends compte que le vrai problème est qu'en réalité elle n'a pas de micro. Et sans micro, on ne peut rien faire. Annuler est donc la meilleure solution. Mais non, ça va aller, elle va en trouver. C'est bon, elle n'annule plus.

J-1, nouveau texto de C.. Le Buffalo a annulé la soirée années 80. Elle est reportée au 2 février. Les gérants n'auraient pas été mis au courant à temps (mais...on est pourtant allés répéter là-bas! n'importe qui pourrait donc prétendre devoir répéter pour un spectacle en leur locaux, squatter et se faire payer un verre?).

Cette fois, ce sera sans moi. Ça ne m'amuse plus du tout. Aurélie n'a pas donné de réponse. Contre tout attente Manu et N****** sont toujours partants. Pourtant une semaine avant la nouvelle date, Manu lui demandait:

"-Au fait, C., pour la semaine prochaine?

-Oh, ben j'ai pas donné suite."