loveneverdies

Faire une suite à Phantom, voilà qui me semblait complètement idiot, ridicule et inconcevable.
Comment poursuivre l'histoire sans dénaturer l'œuvre originale ?
J'avais trop peur d'un effet "Pocahontas 2". Parce que si le premier volet se finit sur les adieux déchirants entre John Smith mourant, obligé de retourner d'urgence en Angleterre et Pocahontas, incapable de quitter les siens, à grands coups de "Je serai pour toujours une flamme dans ton cœur", dans le deuxième, l'indienne finit quand même par aller en Angleterre où elle tombe amoureuse d'un autre type après avoir décidé d'un commun accord avec Smith qu'il valait mieux qu'ils en restent là.
Tout ça pour ça ! Du coup la fin de Pocahontas 1, bof.

Et c'était mal parti pour Love Never Dies, d'une part à cause de mes a priori et d'autres part à cause de toutes les mauvaises choses que j'avais entendues sur le sujet. Mais avec le recul, je me rends compte que je n'en avais pas entendues tant que ça.

Toutefois il fallait que je vois ça de mes yeux pour me faire ma propre opinion et pour ça, j'ai fait les choses très proprement en enchaînant la même journée The Phantom of the Opera en matinée et Love Never Dies en soirée.

The Phantom of the Opera, j'en suis accro. Et j'ai eu la certitude ce jour-là que ce spectacle ne quitterais jamais mon top 5. Je reste toujours aussi fascinée par la nature des sentiments de Christine envers Phantom, cette difficulté à faire un choix, à préférer la sécurité et la raison à une passion incompréhensible pour le commun des mortels.
Mais Love Never Dies, alors ?
Alors Love Never Dies ne gâche rien. Au contraire, il vient renforcer toute la tension sexuelle palpable dans le premier volet.

10 ans après avoir terrorisé l'Opéra Garnier et perdu Christine, Phantom (qui se fait désormais appeler Mr. Y) a refait sa vie à New York où il dirige Phantasma, un parc d'attractions à son image à Coney Island. C'est Madame Giry, ayant toujours eu pour lui cette étrange fascination, qui l'a aidé à se reconstruire en restant à ses côtés, emmenant avec elle sa fille Meg qui se produit désormais sur scène en tenue légère bien loin du petit rat de l'opéra qu'elle était.
Mais Phantom est toujours obsédé par Christine et décide de lui envoyer une invitation anonyme pour venir chanter à Phantasma.
C'est accompagnée de Raoul et de leur fils Gustave qu'elle débarque à Coney Island où elle va découvrir l'identité de son mystérieux hôte.

beneathJ'ai rarement vu une scène aussi riche en émotion que celle des retrouvailles entre Christine et Phantom. Cette chanson Beneath a Moonless Sky est la chanson la plus sensuelle qui m'est été donnée d'entendre, tant par le texte que par la mélodie. Un mélange de reproches, de besoin d'extérioriser et d'envie de recommencer. On y apprend que la veille de son mariage (et donc bien après la fin de l'histoire de The Phantom of the Opera), Christine avait retrouvé Phantom pour lui dire au revoir mais que cette fois elle fut incapable de lui résister et tous deux cédèrent à la tentation, sous un ciel sans lune (ça aide quand le type a une face de hamburger), sans peur ni honte ni appréhension. Cette nuit-là, Christine prit conscience de ses sentiments pour lui, mais lui avait déjà fuit, craignant de ne pas être à la hauteur.
Par cette unique chanson, j'ai décidé qu'Andrew Lloyd Webber avait réussi son pari. Parce que oui, une suite à cette histoire avait lieu d'être !
Cette révélation n'apparait même pas comme un rebondissement mais comme une suite logique, évidente. Chaque fois elle revenait vers lui, comme envoûtée. Elle ne pouvait pas l'avoir quitté pour toujours, et c'était jouer avec le feu que de vouloir le revoir une dernière fois.
Et c'est lui qui a choisi de partir, ça ne pouvait pas être autrement. Elle a donc quand même épousé Raoul, mais elle a dû vivre avec son infidélité sur la conscience. Et leur relation a pourri. Alors 10 ans plus tard, n'est-ce pas plutôt logique de retrouver un Raoul jaloux, irritable et alcoolique ?
head_matgenMême si c'est assez contrariant, dans la mesure où le Raoul qu'on a vu plus tôt en matinée (Matthew Gent, doublure) était le plus délicieux des Raoul que j'ai jamais vu. Hyper chou, un peu juvénile mais qui semblait prêt à tout pour protéger Christine, tour à tour doux et menaçant, bien loin des Raoul insipides qu'on a l'habitude de nous servir.

Alors, une chanson pour être convaincue, est-ce suffisant ? Probablement pas, mais tout le reste du spectacle abonda dans ce sens. Que ce soit visuellement ou musicalement. La mise est scène est somptueuse, même si elle n'est pas des plus innovantes (encore que, moi, les effets de projections ça m'a stupéfaite). Et c'est avec bonheur que l'on retrouve au milieu de cette nouvelle partition quelques airs de l'œuvre originale repris à des moments-clés.
L'univers du Phantom est ici comme dépoussiéré, ce dernier ayant cette fois-ci les cartes en mains, il a des alliés, possède un empire, et sait que Christine a des sentiments pour lui. Tellement dépoussiéré qu'il se met au hard rock (bon hard rock de Bisounours mais quand même) avec cette surprenante chanson Beauty Underneath qui m'avait déjà frappée au West End Live.
Et puis avoir un fantôme à la voix et au physique de Ramin Karimloo ça le fait ! Non parce qu'il a beau avoir un masque on arrive quand même à la déceler la beauty underneath, non ?

Naked_Phantom_Ramin_Karimloo

Quant à Sierra Boggess, dans le rôle de Christine... Des yeux de chat, un nez retroussé, des lèvres pulpeuses et une voix à la hauteur de son physique de princesse. Mythe qu'elle fait s'écrouler à la stage door en sortant avec une casquette, un jean troué et des baskets...

Mais tout est beau dans ce spectacle, jusqu'à la brochure souvenir qui reprend bien évidemment les photos du shows mais aussi quelques unes de The Phantom of the Opera, ainsi que de fausses coupures de presses sur les tristes événements de l'Opéra Garnier ou l'arrivée de Christine à New York, des partitions et une lettre de Raoul. De quoi prolonger un peu l'histoire une fois le spectacle terminé.

Parce que moi, une fois le spectacle terminé, j'ai eu un grand besoin de prolonger ! Alors depuis j'écoute le CD en boucle de manière obsessionnelle. Et jamais j'aurais pensé en arriver là avant de voir le show.
Je me suis fait avoir. J'étais pile le public visé.
Alors un conseil, si vous n'aimez ni Andrew Lloyd Webber, ni The Phantom of the Opera, passez vite votre chemin !