miserables___chatelet

Les Misérables au Châtelet, ça devait se faire sans moi.
Parce que le Châtelet, c'est toujours trop cher, qu'en plus à ça il fallait rajouter le prix du billet de train, que de toute façon Les Misérables, si je veux le voir ça joue en permanence à Londres pour bien moins cher et qu'en plus je l'ai déjà vu plusieurs fois.

Voilà comment j'avais réussi à me convaincre.
Mais c'était sans compter sur la torture psychologique qu'allait me faire endurer facebook et mes nombreux contacts parisiens et musical-friendly...
Parce que moi, tant qu'on ne me rappelle pas que l'une des plus grandes comédies musicales du monde est en train de se jouer à 1h30 de TGV de chez moi, dans une mise en scène innovante et étonnante et avec un cast de rêve, je le vis plutôt bien.
Mais quand tous les jours tout le monde y va de son petit commentaire sur ô combien ils ont été bouleversés par cette version des Misérables, je finis par entrer dans un intense état de frustration me forçant à me remettre en question.

Non parce que quand même, la tournée des 25 ans des Misérables qui passe par Paris et s'y installe pour un mois et demi, c'est quand même pas rien. Et si moi, MOI, je ne m'y rends pas, ça n'a pas de sens. Ce serait presque une injure au spectacle !

Il aura suffit d'un gros coup de blues à surmonter (et d'une belle occasion) pour faire voler en éclat toutes mes résolutions : bien sûr que j'irai voir Les Misérables !

Et j'ai eu raison de craquer tant le spectacle fut à la hauteur de tout ce que j'avais pu lire.
Enfin je n'étais pas si inquiète, Les Misérables même dans une mise en scène différente, ça reste Les Misérables, un chef d'œuvre qui se suffit à lui-même (mais je pensais aussi ça de Hair et il y a eu la version Trianon, depuis je me méfie quand même un peu...).
Après, le danger serait que cette version ne surpasse celle de Londres et qu'ainsi la version originale ne perde de son intérêt. Mais ouf, tel ne fut pas le cas.
Cette mise en scène est superbe mais pas mieux, juste différente.
Je me demande si c'est pas plus vicieux dans le fond.
Non parce que les accros, les vrais, ça pourrait les pousser à avoir besoin de doubler leur dose de Misérables. Imaginez le carnage financier quand ces deux versions se joueront simultanément à Londres en septembre. Et pire encore, le week end du 3 octobre, avec le super concert spécial 25 ans !
Mais il faudrait vraiment être acharné pour envisager enchainer les 3 versions.
Non ?

Bref, la mise en scène donc. L'essentiel de la nouveauté résidant dans la projection de peintures de Victor Hugo himself comme décors de fond donnant de la profondeur et du mouvement à certaines scènes, parfois de manière si fluide qu'elles semblent s'enchaîner comme les scènes d'un dessin animé.

Et le casting ? Réussi lui aussi. Même si tous ne me laisseront pas un souvenir impérissable.
Mais Valjean, John Owen Jones. Woaw ! Valjean, c'est pas forcément mon personnage préféré. Ni très glamour, ni très drôle, limite plutôt ennuyeux. Mais là, dès qu'il ouvre la bouche, on se tait, on s'accroche à son siège et on écoute bien sagement en trouvant ses chansons trop courtes finlalement. Je pense effectivement qu'il mérite son titre de meilleur interprète de Jean Valjean.
Javert/Earl Carpenter est lui aussi détonnant, mais dans une moindre mesure du coup.
Le couple Marius (Gareth Gates)/Cosette (Katie Hall) est quant à lui vraiment mignon tout plein. Pour une fois qu'on n'a pas envie de secouer ni de gifler Cosette (en revanche le styliste qui a dessiné sa robe, oui)...
Rosalind James, qui interprète Eponine, ne fait pas l'unanimité. Certains lui reprochent son côté trop moderne et r'n'b. J'avoue que ça ne m'a pas dérangée plus que ça. Non moi, ce qui m'a embêtée, c'était (oh que c'est horrible de devoir dire une chose pareille) qu'elle était noire. Mais pas ses parents. Ni elle-même quand elle était petite fille.
Voilà la 3ème fois que je me heurte à ce problème. J'ai déjà eu un Javert noir et un Enjolras noir sans savoir vraiment si du côté de la réalité historique ça me dérangeait. Là je me suis rendue compte qu'en fait si.
Bon après ça ne fiche pas en l'air tout le spectacle, mais ça déconcentre un peu.
Mais pour moi celui qui sortait du lot (Valjean étant hors concours) fut Jon Robyns (que j'avais déjà eu l'occasion de voir dans Les Miserables 2 ans auparavant dans le rôle de Marius et quelques années encore avant dans Avenue Q) qui campe un Enjolras plein de fougue et de détermination qui malheureusement arrive trop tard et meurt trop tôt dans le show.

Ça m'a fait du bien de céder à la tentation et de "dream the dream" moi aussi.
Sans chauvinisme aucun, je me dis que ce serait vraiment top de voir à nouveau débarquer la même chose chez nous mais en français. Puisqu'elle existe cette version. Et qu'elle est réussie.
Ma requête est-elle vraiment si incongrue ?